Le plongeoir du Nord

A priori, lorsque l'on visite les Northlands on se doit de se rendre à Cape Reinga qui n'est pas techniquement le point le plus au nord de la Nouvelle-Zélande aujourd'hui, mais fera très bien l'affaire. C'est un lieu sacré important pour les Maoris qui considèrent ce cap littéralement comme la rampe de lancement vers l'au-delà.
Une fois le phare atteind on se retrouve au point de rencontre de la Mer de Tasman et de l'océan Pacifique. On se sent quand même au bout du monde. Alexis commence à déblatérer sur son envie d'avoir un voilier pour parcourir le monde tandis que moi je repense à notre discussion au sujet d'un vieux bus à deux étages qui pourrait être correctement aménagé pour faire un tour d'Europe... Nos esprits divaguent. La maison est loin, le travail reste encore une notion un peu floue. Je crois qu'on a tout les deux laissés échapper au grès des vagues un peu de notre vie d'il n'y a que quelques semaines :)


Nous décidons de nous arrêter pour la nuit dans un holiday park à Waitiki afin de se faire une bonne petite popote. L'accueil ne fut pas forcement désagréable mais pour le moins bizarre. Nous sommes dans une région où il n'y a absolument rien et où les populations locales sont clairement sans le sous.
Bref, c'est un peu la zone. On se croirait plus à Haïti qu'en Nouvelle-Zélande.
Notre holiday park est donc assez folklorique. Tout ce qui est électrique ne fonctionne systématiquement pas. Un salle voisine de la cuisine émet un son relativement peu rassurant comparable à une vieille machine à rayons X. Il s'agit à priori d'un “filtre anti-UV”... On s'imagine tout les deux que de mettre les pieds dans cette fameuse salle ne produirait qu'une combustion spontanée – on reste à l'écart. Pendant ce temps là des moutons boiteux et un chat sans queue rodent autour ...

En tout cas, la bouffe est bonne. Le cubi de 3L de rouge prend un claque assez sympathique – tout comme nous d'ailleurs. Et là c'est l'horreur!
Arrivée dans le van, on est accueilli par une armada de moustiques digne d'une scène directement sortie de “Battle of Britain”. En résulte pour ma part une nuit blanche et une nuit très agitée pour Alexis.
Au petit matin, on découvre le champ de bataille. Une bonne cinquantaine de moustiques doivent encore être dans le van. Nos matelas sont couverts de taches de sang en souvenir des combats de la nuit. Horrible horrible horrible ...

On décide très tôt de mettre les voiles fenêtres grandes ouvertes dans l'espoir de se débarrasser des dizaines des moustiques récalcitrants refusant d'abandonner le navire. Arrivé à Ahipara, presque 100km plus loin, il reste encore un petit contingent de parasites volants dans notre charmante Robyn...
Ça va chier !!!


Sur le chemin, nous nous sommes arrêté aux plus grandes dunes de Nouvelle-Zélande où l'on pratique le sandboarding – une espèce de body board modifié permettant de dévaler les pentes de sables à toute vitesse. On se serait cru au milieu d'un gigantesque désert, des étendues interminables de sable fin! C'est ici que se termine la fameuse 90 Mile Beach que nous n'avons pas osé emprunter avec notre vaillante Robyn mais qui après réflexion aurait été tout à fait faisable. Tant pis :)

La randonnée est l'une des activités préférées des Kiwis (après la consommation de bière et les barbecues à rallonge). On trouve facilement des marches plus ou moins longues dans chaque région du pays.
Cependant, il existe 9 grandes marches en Nouvelle Zélande (the Nine Greats Walks).Ces randonnées sont réputées pour être les plus belles du pays. La plus courte fait 29km (3 jours de marche) et la plus longue fait 82km (4-6 jours de marche).

3 jours de marche, c'est long (surtout pour des jeunes de la ville qui ne marchent que pour aller chercher leur voiture ou se déplacer de leur lit vers leur clavier – aaaaaaaaaaah, temps révolus!).
Donc, pour nous entrainer un peu (et dans le but de faire une Grande Marche en Nouvelle-Zélande) on s'est trouvé une petite marche de 19,4 Km traversant des volcans actifs et des lacs acides (oui rien que ça!).
Après avoir glané quelques informations au sujet de cette randonnées, achetés de vraies chaussures de marche et attendu une semaine (afin d'avoir une météo favorable), nous nous lançons !
Départ à 7h31 (le réveil à 5h45 a été dur) avec un temps génial. Le début de la randonnée est incroyable. On se trouve dans un décor lunaire. Youri traine un peu les pieds dans les montées (disons qu'il avance à son rythme et que ses chaussures neuves pourraient être plus sympathiques avec ses pieds).
Après 1h30 de marche, nous arrivons au pied du volcan Ngauruhoe ... (c'est l'un des volcans qui a joué dans “Le Seigneur des Anneaux” mais qui est assez réticent en matière d'autographes). L'ascension de ce volcan n'est pas obligatoire (il rallonge de 3h la durée de la randonnée) mais la vue du sommet est unique. Étant tous les deux chauds, on se lance dans cette ascension. Un dénivelé positif de 1000 mètres nous attend (accessible à tout le monde qu'ils disent!!). Le pente quasi-verticale du volcan n'est que du gravier ou des rochers. Pas de chemin ni d'escalier, ni de voie... rien.
En gros, la grosse galère pour monter (on a mis 2 heures). Mais la vue du sommet vaut vraiment la peine.
La descente du volcan se fait en 15 minutes (tout en glissade). C'était le moment surf de la journée avec l'occasionnelle zone de neige pour se casser le derch. Le seul petit truc, lors de la descente, est d'éviter les rochers dévalant les pentes. Les randonneurs essayant de grimper au sommet détachent parfois des blocs de roches.
Cette ascension nous a littéralement cassé les jambes. Les 5 heures de marche qui ont suivis ont été assez dures mais cela en valait bien la peine.
Curieusement, nous avons dû traverser un groupe d'écolières d'Auckland sur excitées. Visiblement, il s'agissait d'une sortie de classe mais on se serait bien passé des cris stridents de gamines de 15 ans.
Sur la redescente nous avons croisé entre autre un papy tout blanc à l'article de la mort, quelques demoiselles fort sympathiques des toilettes très odorantes et une énième source d'eau chaude aux effluves soufrées nous rappelant fortement Rotorua...

Bilan: 9h de marche, deux ampoules, des ongles retournés et ensanglantés, environ 2000m de dénivelé positif.
Nous avons tenté de célébrer notre retour dans un spa qui malheureusement s'est avéré quelque peu trop chaud au point d'écourter notre session d'1h initialement prévue à une misérable demi-heure...

Bref, il reste du boulot avant de pouvoir nous lancer dans une randonnée de plusieurs jours.